Par Matthieu, Délib
En bref
Un marché public ne commence pas le jour où l’avis d’appel d’offres est publié. Il commence quand l’assemblée de la collectivité vote le projet, son financement ou son mode de gestion. Entre cette délibération et l’avis de marché s’écoulent souvent 8 à 18 mois, pendant lesquels le besoin se précise et où une entreprise peut, légalement, se faire connaître.
Pour la plupart des entreprises, un marché public naît le jour où il apparaît au BOAMP, au Journal officiel de l’Union européenne ou sur le profil d’acheteur de la collectivité. C’est logique : c’est le premier moment où l’on peut répondre. C’est aussi le dernier moment où l’on découvre le projet. Le besoin est défini, le cahier des charges écrit, l’estimation faite, le calendrier arrêté. Il reste quelques semaines pour bâtir une offre, face à des concurrents qui suivent parfois le dossier depuis un an.
L’appel d’offres n’est qu’une procédure parmi d’autres
Dans le Code de la commande publique, « appel d’offres » n’est pas synonyme de marché public.
En effet, sous 60 000 € HT pour les fournitures et services (depuis le 1er avril 2026) et sous 100 000 € HT pour les travaux, une collectivité peut retenir ses entreprises sans publicité ni mise en concurrence préalables.
Les concessions, dont les délégations de service public, obéissent encore à d’autres règles. Nous détaillons ces seuils dans notre article sur les marchés publics sans appel d’offres.
Chercher les marchés publics dans les seuls appels d’offres, c’est donc ne voir qu’une partie de la commande publique, et toujours au dernier moment.
Avant tout marché, une décision de la collectivité
Une collectivité n’achète pas sans avoir décidé de dépenser. Cette décision laisse des traces publiques, bien avant la consultation des entreprises :
- Le rapport d’orientation budgétaire. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, le maire présente au conseil, dans les deux mois qui précèdent l’examen du budget, les orientations budgétaires et les engagements pluriannuels envisagés (article L2312-1 du Code général des collectivités territoriales). Les grands projets du mandat y apparaissent souvent pour la première fois.
- Le budget et la programmation des investissements. Les opérations qui s’étalent sur plusieurs années sont souvent votées en autorisations de programme et crédits de paiement, avec une enveloppe globale et un échéancier.
- Les délibérations de projet. Approbation d’un programme ou d’un avant-projet, plan de financement, demande de subvention à l’État ou à la région, lancement d’un concours de maîtrise d’œuvre, adhésion à un groupement de commandes.
- Le choix du mode de gestion. Pour toute délégation de service public locale, l’assemblée doit se prononcer sur le principe de la délégation, après avis de la commission consultative des services publics locaux lorsqu’elle existe, et au vu d’un rapport qui présente les prestations confiées au futur délégataire (article L1411-4 du même code).
Une nuance compte. Le conseil municipal peut déléguer au maire les décisions relatives à la préparation, à la passation et à l’exécution des marchés, lorsque les crédits sont inscrits au budget (article L2122-22, 4°). Le lancement de la consultation n’a alors pas forcément sa propre délibération. Mais le projet, lui, est passé par le budget, par un plan de financement ou par une demande de subvention. C’est pourquoi il faut lire l’ensemble des délibérations, et pas seulement celles qui annoncent une consultation.
Ce qu’une délibération dit, et ce qu’elle ne dit pas
Une délibération donne souvent l’essentiel : l’objet du projet, sa localisation, une enveloppe ou un montant estimatif, le plan de financement, un calendrier prévisionnel et le mode de réalisation envisagé (marché, groupement de commandes, délégation de service public). Pour un contrat à renouveler, elle indique parfois l’échéance du contrat en cours et la durée du suivant.
Elle ne dit pas tout : ni les critères d’attribution, ni le détail technique, ni la date exacte de publication de l’avis. C’est un signal, pas un dossier de consultation. Mais c’est le premier signal public, et il est solide : un projet voté, financé et calé dans le temps a de bonnes chances d’aboutir.
Ces documents sont accessibles. Depuis le 1er juillet 2022, les délibérations à portée générale sont publiées sous forme électronique sur le site internet de la collectivité (les communes de moins de 3 500 habitants peuvent choisir, par délibération, l’affichage ou la publication papier), et le procès-verbal de chaque séance est mis en ligne, lorsqu’il existe un site, dans la semaine qui suit la séance où il a été arrêté (règles de publicité des actes locaux). La difficulté n’est donc pas l’accès, mais le volume : près de 35 000 communes, plus de 1 250 intercommunalités, les départements et les régions, qui publient chacun des documents de formats différents.
Entre le vote et l’avis de marché, la période qui compte
Entre la délibération et la publication de l’avis, la collectivité mène ses études, réunit ses financements, désigne si besoin un maître d’œuvre et rédige son dossier de consultation. Sur les projets que suit Délib, cette période dure le plus souvent de 8 à 18 mois. Elle peut être plus courte pour un achat courant, beaucoup plus longue pour un équipement lourd. Pour le détail des étapes, voir le cycle de vie d’un projet d’investissement public.
Deux exemples repérés par Délib en juin 2026 :
- À Montgardin (Hautes-Alpes), la communauté de communes Serre-Ponçon Val d’Avance a choisi le 25 juin 2026 de confier à un opérateur privé, en délégation de service public, le bar-restaurant de sa future Maison de Pays, pour une ouverture envisagée au printemps 2027. Les exploitants intéressés pouvaient le savoir dès l’été, bien avant l’avis de concession.
- Dans l’Agglo du Pays de Dreux (Eure-et-Loir), le conseil communautaire a annulé le 16 juin 2026 une consultation lancée quelques mois plus tôt pour les équipements audiovisuels de sa salle des commissions, afin de redéfinir le besoin. Une nouvelle consultation suivra : les fournisseurs du secteur le savaient avant sa publication.
Ce qu’une entreprise peut faire avant l’appel d’offres
Prendre de l’avance n’a rien d’un passe-droit. Le Code de la commande publique prévoit que, pour préparer la passation d’un marché, l’acheteur peut consulter les entreprises, réaliser des études de marché, solliciter des avis ou informer les opérateurs économiques de son projet et de ses exigences (article R2111-1). C’est ce qu’on appelle le sourcing. Une condition : l’utilisation de ces échanges ne doit pas fausser la concurrence ni porter atteinte à la liberté d’accès, à l’égalité de traitement des candidats et à la transparence.
Concrètement, une entreprise qui connaît le projet tôt peut :
- se présenter aux services techniques ou au service de la commande publique, et répondre aux appels à manifestation d’intérêt ou aux consultations préalables ;
- rassembler des références comparables et des éléments de coût pour chiffrer vite et juste le moment venu ;
- organiser un groupement ou une sous-traitance si le projet dépasse sa taille ;
- réserver ses capacités : équipes, matériel, planning ;
- suivre les délibérations suivantes du même dossier : avant-projet, financement, attribution.
La limite est claire : l’entreprise informe, elle ne rédige pas le cahier des charges à la place de l’acheteur. Lorsqu’un candidat a participé à la préparation de la procédure, l’acheteur prend les mesures appropriées pour que la concurrence ne soit pas faussée, par exemple en communiquant les mêmes informations à tous les candidats (article R2111-2). Il ne peut l’écarter que s’il n’existe pas d’autre remède, et après lui avoir permis de démontrer que sa participation ne fausse pas la concurrence (articles L2141-8 et L2141-11).
Pourquoi Délib part des délibérations
Délib lit les délibérations des communes, des intercommunalités, des départements et des régions, soit plus de 24 000 sources suivies et plus de 1,5 million de documents analysés, et signale aux entreprises les projets votés dans leur secteur et leurs départements. L’objectif n’est pas de remplacer la veille des appels d’offres, mais d’arriver avant elle : au moment où le projet est décidé, et non au moment où il est déjà cadré.
Pour voir à quoi ressemble un projet détecté, parcourez nos pages par secteur : Construction & BTP, Énergies, Délégation de service public et Fournitures et services.
Questions fréquentes
Une délibération signifie-t-elle qu’un marché sera lancé ?
Pas toujours. Un projet voté peut être reporté, modifié, abandonné ou réalisé en régie. Mais une délibération qui fixe une enveloppe, un financement et un calendrier est le signal le plus fiable dont dispose une entreprise avant l’avis de marché.
Les délibérations des collectivités sont-elles publiques ?
Oui. Depuis le 1er juillet 2022, les délibérations à portée générale sont publiées sous forme électronique sur le site internet de la collectivité. Les communes de moins de 3 500 habitants peuvent choisir, par délibération, l’affichage ou la publication papier ; à défaut, la publication est électronique.
Une entreprise peut-elle contacter une collectivité avant l’appel d’offres ?
Oui. L’article R2111-1 du Code de la commande publique permet à l’acheteur de consulter les entreprises et de les informer de son projet avant de lancer la procédure. L’utilisation de ces échanges ne doit pas fausser la concurrence ni porter atteinte à l’égalité de traitement des candidats.
Combien de temps sépare le vote d’un projet de son appel d’offres ?
Sur les projets suivis par Délib, souvent de 8 à 18 mois. Le délai dépend de la nature du projet, des études à mener et des financements à réunir.
Quelle différence entre un marché public et une délégation de service public ?
Dans un marché public, la collectivité paie un prix, ou tout équivalent, en échange de travaux, de fournitures ou de services. Dans une délégation de service public, elle confie la gestion d’un service public à un opérateur à qui est transféré un risque lié à l’exploitation, en contrepartie du droit d’exploiter le service, éventuellement assorti d’un prix.
Sources
- Code de la commande publique : articles R2111-1 et R2111-2 (études et échanges préalables), L2141-8 et L2141-11 (exclusions), R2122-8 (dispense de procédure) dans sa rédaction issue du décret n° 2025-1386 du 29 décembre 2025.
- Avis relatif aux seuils de procédure et à la liste des autorités publiques centrales, Journal officiel du 13 janvier 2026.
- Code général des collectivités territoriales : articles L1411-4, L2122-22, L2312-1, L2131-1 et L2121-15.
- Ministère chargé des collectivités territoriales, Publicité, entrée en vigueur et conservation des actes des collectivités territoriales et de leurs groupements.
- Fiches projets Délib : Montgardin, Agglo du Pays de Dreux.
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Autres guides

Marchés publics sans appel d’offres : seuils 2026, procédure adaptée et concessions







